Réglementation

DUERP et risque routier : guide pratique pour les entreprises

Par Romain Braquet · 14 avril 2026 · 6 min de lecture

Le document unique d’évaluation des risques professionnels, le DUERP, est obligatoire dès le premier salarié. Dans la plupart des entreprises, il parle des chutes, des machines, des produits chimiques, et oublie la route. La route est pourtant la première cause de décès au travail en France, avec 424 personnes tuées en 2024 dans le cadre de leur activité.

Ce guide explique ce que le DUERP doit contenir sur le risque routier, comment l’évaluer poste par poste, et quelles mesures de prévention inscrire en face. Il s’adresse au dirigeant de PME comme au responsable HSE d’un groupe.

Le DUERP en quelques repères

Ce que dit le droit

Le décret n° 2001-1016 du 5 novembre 2001 a créé le document unique, en application de l’obligation générale de sécurité de l’employeur inscrite à l’article L. 4121-1 du Code du travail. L’employeur y recense les risques auxquels ses salariés sont exposés, les classe selon leur gravité et leur probabilité, et décrit les actions prévues pour les réduire. Le document sert ensuite de preuve de la démarche de prévention, devant l’inspection du travail comme devant un juge.

Quand le mettre à jour

À partir de onze salariés, le DUERP se met à jour au moins une fois par an. Toute entreprise doit le revoir après un aménagement important des conditions de travail, après un accident du travail, ou dès qu’une information nouvelle modifie l’évaluation d’un risque. Depuis la loi du 2 août 2021, l’employeur conserve chaque version pendant quarante ans. À partir de cinquante salariés, le document s’accompagne d’un programme annuel de prévention, le PAPRIPACT.

Ce que coûte un DUERP absent ou périmé

Depuis le 27 juin 2026, l’inspection du travail peut faire prononcer une amende administrative de 4 000 euros par salarié concerné, 8 000 euros en cas de récidive, sans passer par un tribunal. Nous l’avons détaillé dans notre article sur l’amende DUERP de 4 000 euros. En cas d’accident, un document unique absent ou muet sur le risque en cause conduit presque toujours à la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur, avec une majoration de la rente versée à la victime et une hausse des cotisations accidents du travail.

Pourquoi le risque routier doit figurer dans le DUERP

Les chiffres

Les accidents de la route liés au travail ont tué 424 personnes en 2024. L’Assurance maladie recense chaque année plus de 38 000 accidents du travail d’origine routière avec arrêt, et près de 4,7 millions de journées de travail perdues à cause des accidents de trajet. Aucun autre risque professionnel n’atteint ce bilan.

Deux risques distincts, deux lignes dans le document

Le risque de mission couvre les déplacements faits pour le travail : visites clients, livraisons, interventions, trajets entre deux sites. L’accident de mission est un accident du travail, et l’employeur en porte la responsabilité directe puisqu’il choisit le véhicule, organise les déplacements et décide de la formation.

Le risque de trajet couvre le domicile-travail. L’article L. 411-2 du Code de la Sécurité sociale en fait aussi un accident du travail. L’employeur a moins de prise sur ce trajet, mais il doit l’évaluer et prévoir des mesures, ne serait-ce que sur les horaires et l’information des salariés.

Ce que les juges ont fixé

Les tribunaux traitent le risque routier comme un risque professionnel ordinaire, à évaluer comme les autres. Ils reconnaissent la faute inexcusable quand l’employeur n’a ni évalué ni prévenu ce risque, et considèrent que fournir un véhicule sans former le salarié aux risques qui vont avec constitue un manquement à l’obligation de sécurité.

Tous les salariés, pas seulement les chauffeurs

Le comptable qui vient en voiture chaque matin, le cadre qui rejoint une réunion en trottinette, l’assistante qui part déjeuner à vélo, le technicien en utilitaire et le commercial qui roule 40 000 kilomètres par an sont tous exposés. Le DUERP couvre l’ensemble des salariés, quel que soit leur poste, leur mode de transport et la fréquence de leurs déplacements.

Comment évaluer le risque routier, en trois étapes

Étape 1 : inventorier les situations d’exposition

Répondez à cinq questions, personne par personne plutôt que poste par poste. Qui se déplace ? Avec quel mode de transport : voiture personnelle, véhicule de fonction, utilitaire, deux-roues, vélo, trottinette, transports en commun ? À quelle fréquence ? Sur quelles distances ? Dans quelles conditions : nuit, intempéries, horaires décalés, zones difficiles ?

Étape 2 : croiser fréquence et gravité

Pour chaque situation, notez la fréquence d’exposition, de ponctuelle à quotidienne, et la gravité possible, de la blessure légère au décès. Le croisement des deux donne un niveau de risque, de faible à critique, qui classe vos actions par ordre de priorité.

Étape 3 : relever les facteurs de risque

Côté véhicule : état général, entretien, contrôle technique, équipements de sécurité, adaptation à l’usage et au chargement. Côté organisation : pression sur les délais, amplitude des journées, planification des itinéraires, tolérance du téléphone au volant. Côté conducteur : formation reçue ou non, expérience, état de santé, fatigue, traitements médicaux. Côté environnement : type de routes, météo, état des infrastructures.

Une grille d’évaluation à adapter

SituationPopulation exposéeFréquenceGravitéNiveauAction prévue
Trajet domicile-travail en voitureTous les salariésQuotidienneGrave à mortelÉlevéFormation e-learning
Déplacements commerciaux en véhicule légerÉquipe commercialeQuotidienneGrave à mortelCritiqueFormation et suivi de la flotte
Déplacements en trottinette électriqueSalariés urbainsHebdomadaireMoyen à graveMoyenModule EDPM, équipement fourni
Livraisons en utilitaireÉquipe logistiqueQuotidienneGrave à mortelCritiqueFormation et entretien des véhicules

Les mesures de prévention à inscrire dans le plan d’action

Organisation du travail

  • Supprimer les déplacements évitables : visioconférence, regroupement des rendez-vous, télétravail.
  • Prévoir des temps de trajet réalistes et une pause toutes les deux heures de conduite.
  • Alterner les conducteurs sur les longs trajets et éviter les départs très matinaux ou la conduite de nuit.
  • Interdire le téléphone au volant, kit mains libres compris, et le dire aux personnes qui appellent les conducteurs depuis le bureau.
  • Proposer le train, le covoiturage ou les transports en commun quand ils existent.

Véhicules et équipements

  • Tenir le carnet d’entretien et le contrôle technique à jour, et vérifier les rappels constructeurs.
  • Choisir des véhicules adaptés à l’usage : taille, motorisation, équipements de sécurité.
  • Fournir kit de sécurité, gilet, triangle, éthylotest.
  • Équiper la flotte de pneus adaptés à la saison, obligatoires en zone de montagne.
  • Envisager la télématique embarquée pour suivre le comportement de conduite, en accord avec les représentants du personnel.

Formation des conducteurs

La formation est la mesure qui change les comportements dans la durée. Elle concerne tous les salariés qui se déplacent, et couvre les règles en vigueur, les bonnes pratiques de conduite, la perception du risque et les réflexes d’anticipation. Le e-learning répond bien aux exigences du DUERP : chaque salarié reçoit le même contenu, l’entreprise dispose d’une attestation nominative par personne, et les résultats des quiz alimentent le document.

Ce qu’Easy Driver apporte à votre DUERP

Easy Driver est une plateforme e-learning consacrée au risque routier professionnel. Ses 26 modules de dix minutes couvrent la conduite en ville et sur route, la nuit, la météo, l’alcool, la fatigue, le téléphone, la vitesse, les utilitaires, le vélo, la trottinette et l’écoconduite. Le tableau de bord montre qui a terminé, avec quel score, et fournit les attestations en PDF. Un module par semaine suffit pour former une entreprise entière en six mois, sur ordinateur, tablette ou téléphone, sans salle ni formateur à réserver. Le détail est sur notre fiche formation e-learning au risque routier.

Pour commencer cette semaine : ouvrez votre document unique, cherchez les mots « route », « véhicule » et « déplacement ». S’ils n’y sont pas, vous savez par où commencer. S’ils y sont, vérifiez que chaque mesure listée a une date, un support et une trace de participation.

RB
Romain BraquetEasy Driver
Sources : décret n° 2001-1016 du 5 novembre 2001 ; Code du travail, articles L. 4121-1 à L. 4121-5 ; loi n° 2021-1018 du 2 août 2021 ; loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 ; ONISR, bilan 2024 ; Assurance maladie, risques professionnels ; INRS.

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