Prévention routière

Accidentalité routière au travail : chiffres clés et enjeux de prévention en 2026

Par Romain Braquet · 1 juin 2026 · 9 min de lecture

La route tue chaque année plus de salariés que les chutes de hauteur, les machines ou les produits chimiques. En 2024, 424 personnes sont mortes dans un accident de la route lié à leur travail, en mission ou sur le trajet domicile-travail. Dans la majorité des entreprises, ce risque reste absent du plan de prévention.

Cet article rassemble les chiffres de l’accidentalité routière professionnelle, la différence juridique entre accident de mission et accident de trajet, ce qu’un accident coûte à l’entreprise, les facteurs de risque, la responsabilité de l’employeur, et les leviers pour agir.

Les chiffres de l’accidentalité routière au travail

Un bilan qui ne baisse pas

Selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, 424 personnes ont été tuées en 2024 lors d’un déplacement lié au travail. Cela représente 13 % de l’ensemble des tués sur les routes françaises : plus d’un décès routier sur huit touche quelqu’un qui travaillait ou allait travailler.

Ce que disent l’ONISR, l’Assurance maladie et l’INRS

  • Plus de 38 000 accidents corporels liés au travail impliquent un véhicule chaque année.
  • Plus de 5 millions de journées de travail sont perdues chaque année à cause d’accidents routiers professionnels.
  • Les accidents de trajet et de mission représentent environ 10 % des accidents du travail avec arrêt, mais plus de 20 % des décès.
  • Un accident routier professionnel entraîne en moyenne 77 jours d’arrêt, plus du double des autres accidents du travail.

Mission et trajet, deux profils d’accidents

IndicateurAccident de missionAccident de trajet
Tués par an (estimation)environ 120environ 320
Accidents avec arrêtenviron 12 000environ 26 000
Part dans la mortalité au travailenviron 4 %environ 9 %
Population la plus exposéeCommerciaux, livreurs, techniciens itinérantsTous les salariés

Les accidents de trajet sont plus nombreux. Les accidents de mission sont plus graves, à cause des distances, des utilitaires chargés, des autoroutes et des horaires décalés.

Accident de mission et accident de trajet : deux régimes juridiques

L’accident de mission

Il survient pendant le temps de travail, lors d’un déplacement fait pour l’employeur : visite client, livraison, trajet entre deux sites. L’article L. 411-1 du Code de la Sécurité sociale en fait un accident du travail au sens strict, avec une présomption d’imputabilité pleine. L’employeur peut voir sa faute inexcusable reconnue si le salarié démontre qu’il avait ou aurait dû avoir conscience du danger sans prendre les mesures nécessaires. La rente est alors majorée et les préjudices indemnisés en plus.

L’accident de trajet

Il survient sur le parcours habituel entre le domicile et le lieu de travail, ou entre le lieu de travail et le lieu de repas. L’article L. 411-2 l’encadre. La présomption est plus étroite : le salarié doit prouver qu’il était sur son itinéraire normal, sans détour injustifié. La faute inexcusable ne s’applique pas, sauf cas particuliers. L’accident pèse en revanche sur le taux de cotisation accidents du travail de l’entreprise, et il désorganise l’équipe autant qu’un accident de mission.

CritèreAccident de missionAccident de trajet
QualificationAccident du travailAccident de trajet, catégorie propre
Présomption d’imputabilitéForteConditionnée au parcours protégé
Faute inexcusableApplicableNon applicable, sauf exceptions
Effet sur la cotisation AT/MPOuiOui, à taux mutualisé
Obligation de préventionForteLimitée à l’information et à l’organisation

Dans les deux cas, la prévention reste le levier qui compte. Une formation au risque routier en entreprise couvre les deux types de déplacements.

Ce qu’un accident routier coûte à l’entreprise

Les coûts directs

Réparation ou remplacement du véhicule, de 2 000 euros pour un accrochage à plus de 30 000 euros pour une perte totale. Franchise d’assurance, entre 500 et 1 500 euros par sinistre. Frais médicaux, pris en charge par la branche accidents du travail mais répercutés sur le taux de cotisation. Indemnités journalières et maintien de salaire. Selon l’Assurance maladie et l’INRS, le coût direct moyen d’un accident routier professionnel se situe entre 5 000 et 50 000 euros. Un accident mortel dépasse 500 000 euros une fois les suites judiciaires comptées.

Les coûts indirects, trois à cinq fois plus lourds

  • 77 jours d’arrêt en moyenne, soit plus de trois mois de production perdus par salarié accidenté.
  • Le remplacement : intérim, formation du remplaçant, perte de productivité le temps qu’il prenne le poste.
  • La désorganisation : charge redistribuée, projets en retard, moral de l’équipe.
  • La hausse de la cotisation accidents du travail. À partir de 150 salariés, le taux est calculé sur l’historique propre de l’entreprise.
  • L’image et la marque employeur, et parfois la relation avec un client.
  • Le contentieux : faute inexcusable, mise en cause pénale du dirigeant, litiges avec l’assureur.

Un enjeu de compétitivité

Pour une PME de 50 salariés, deux ou trois accidents routiers dans l’année représentent entre 80 000 et 150 000 euros, coûts directs et indirects compris. Pour un groupe avec plusieurs centaines de véhicules, la facture annuelle se compte en millions. L’INRS estime qu’un euro investi en prévention en rapporte 2,20 en accidents évités.

Les facteurs de risque

La vitesse

Premier facteur d’accident mortel, en cause dans environ 30 % des cas selon l’ONISR. Au travail, ce sont les délais de livraison, les plannings et la course entre deux rendez-vous qui poussent à rouler vite. Une baisse de 1 % de la vitesse moyenne réduit de 4 % le nombre d’accidents mortels.

La fatigue

Deuxième facteur de mortalité, présente dans environ 20 % des accidents mortels. Départs matinaux, longues heures de conduite, kilomètres cumulés, horaires décalés. Conduire après 17 heures de veille dégrade les réflexes autant que 0,5 gramme d’alcool par litre de sang.

Le téléphone

Il multiplie par trois le risque d’accident et intervient dans au moins 10 % des accidents corporels. Au travail, la pression de rester joignable aggrave le phénomène. Nous y consacrons un article : téléphone au volant et suspension de permis.

L’alcool et les substances psychoactives

L’alcool est en cause dans environ 30 % des accidents mortels. Le milieu professionnel n’y échappe pas : repas d’affaires, pots de départ, événements d’entreprise. Le cannabis et les médicaments sédatifs constituent un facteur aggravant de mieux en mieux documenté par l’INRS.

La météo

La pluie seule est associée à une surmortalité de 15 à 20 % par rapport à la route sèche. Un salarié qui roule chaque jour rencontre la pluie, le brouillard et le verglas, ce qui rend la formation aux comportements adaptés utile toute l’année.

Le stress

L’INRS classe le stress professionnel parmi les facteurs de risque routier. Un salarié sous pression conduit de façon plus agressive, serre les distances, dépasse plus, et réagit moins bien en urgence. Les objectifs, les conflits et les réorganisations se retrouvent au volant.

L’état du véhicule

Pneus usés, freins fatigués, éclairage défaillant, pare-brise fissuré. Selon la Sécurité routière, un véhicule sur cinq en circulation présente au moins un défaut technique notable. Pour une flotte, le suivi de l’entretien est un levier de prévention direct, rappels constructeurs compris.

La responsabilité de l’employeur

L’obligation de sécurité

L’article L. 4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et la sécurité de ses salariés : prévention, information, formation, organisation et moyens. L’article L. 4121-2 fixe les neuf principes de prévention, dont l’évaluation des risques, la planification et la priorité aux protections collectives. La Cour de cassation a d’abord parlé d’obligation de résultat, dans les arrêts amiante de 2002, avant de nuancer en 2015 : l’employeur doit démontrer qu’il a pris toutes les mesures utiles.

La responsabilité pénale du dirigeant

Après un accident mortel ou des blessures graves, le dirigeant peut être poursuivi pour homicide involontaire, article 221-6 du Code pénal, jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, cinq ans et 75 000 euros en cas de violation délibérée d’une obligation de sécurité, ou pour blessures involontaires, article 222-19, jusqu’à deux ans et 30 000 euros. L’entreprise elle-même peut être condamnée, avec des amendes multipliées par cinq.

Ce que les tribunaux ont jugé

Un employeur a été condamné pour faute inexcusable après la mort d’un commercial, parce que l’entreprise n’avait jamais évalué le risque routier dans son DUERP et n’avait donné aucune formation à la conduite. Un dirigeant a été condamné au pénal pour avoir imposé des horaires de route incompatibles avec les temps de repos, à l’origine d’un accident par somnolence. Une entreprise a vu sa faute inexcusable reconnue pour avoir confié un véhicule aux freins défectueux. Une prévention documentée et appliquée est la meilleure protection juridique de l’employeur.

Les leviers de prévention

Le document unique

Inscrire le risque routier dans le DUERP est obligatoire dès qu’un salarié utilise un véhicule pour son travail ou pour venir travailler. L’évaluation porte sur le volume de déplacements, les conditions de conduite, l’état de la flotte, le profil des conducteurs et les contraintes d’organisation. Nous avons détaillé la méthode dans notre guide pratique DUERP et risque routier.

La formation

La formation est le levier qui change les comportements. Elle peut être présentielle, avec des stages sur piste, freinage d’urgence et évitement ; en e-learning, avec des modules à distance qui touchent tous les salariés sans logistique ; ou mixte. L’INRS recommande qu’elle couvre au minimum les facteurs de risque, l’écoconduite, les gestes d’urgence, le constat amiable et la signalisation. Nos modules e-learning de sécurité routière couvrent ces sujets en dix minutes chacun.

La politique de déplacement

Réduire l’exposition commence par réduire le nombre et la durée des trajets : visioconférence pour les réunions internes, tournées regroupées par zone, train plutôt que voiture sur les longues distances, et des règles écrites, pause toutes les deux heures, pas de conduite de nuit sauf nécessité.

Le choix et l’entretien des véhicules

Choisir des véhicules bien notés aux crash-tests, exiger le freinage d’urgence automatique, l’alerte de franchissement de ligne et le régulateur adaptatif, suivre le carnet d’entretien, contrôler les pneus et l’éclairage, et renouveler la flotte : un véhicule de plus de dix ans n’a pas les aides à la conduite d’aujourd’hui.

Le télétravail

Un jour de télétravail par semaine réduit de 20 % l’exposition au risque de trajet, deux jours de 40 %. Pour les postes qui le permettent, c’est une mesure de prévention à part entière.

Mettre en place une politique de prévention en six étapes

1. Faire le diagnostic

Recensez les salariés qui se déplacent, collectez la sinistralité des trois dernières années, analysez la flotte, kilométrage, âge, coût d’assurance, et repérez les métiers les plus exposés.

2. Inscrire le risque dans le DUERP

Cotez le risque, probabilité et gravité, listez les mesures en place, et planifiez les mesures correctives avec un calendrier et un responsable.

3. Écrire un plan de prévention

Règles de conduite pour tous, téléphone, vitesse, ceinture, pauses ; modalités de formation ; règles d’usage des véhicules de service ; critères de choix des véhicules.

4. Former tous les salariés concernés

Des modules généraux pour tous, des modules ciblés pour les conducteurs réguliers, fatigue, conduite défensive, utilitaires, et des modules par mobilité, vélo, trottinette, piéton.

5. Impliquer le CSE et les managers

Le CSE est consulté sur le DUERP, associé à la politique de prévention et informé de la sinistralité. Les managers de proximité fixent les plannings et les objectifs, et donnent l’exemple au volant : leur formation passe en premier.

6. Mesurer et ajuster

Suivez le nombre d’accidents, les taux de fréquence et de gravité, le coût de la sinistralité et le taux de formation. Analysez chaque accident avec un arbre des causes, ajustez le plan chaque année, et communiquez les résultats aux équipes.

Easy Driver forme les collaborateurs au risque routier en modules e-learning de dix minutes, avec un suivi par salarié et une attestation nominative pour le document unique. Si vous ne savez pas combien de vos salariés ont eu un accident de la route ces trois dernières années, c’est la première donnée à aller chercher.

RB
Romain BraquetEasy Driver
Sources : ONISR, bilans annuels de l’accidentalité routière 2023 à 2025 ; INRS, risque routier professionnel ; Assurance maladie, statistiques nationales AT/MP ; Code du travail, articles L. 4121-1 et L. 4121-2 ; Code pénal, articles 221-6 et 222-19 ; Sécurité routière.

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